Le Tour du Mont Blanc ou l’ivresse des cîmes

Dimanche 21 juillet 2013, le réveil sonne : il est 3h30 du matin. La journée s’annonce longue, très longue… Le premier réflexe est de jeter un œil par la fenêtre pour s’assurer que les prévisions météos de la veille étaient bonnes. Et elles le sont ! Le ciel au dessus de la station des Saisies est en effet parfaitement dégagé et la température semble déjà agréable. Le décor est donc planté, que le spectacle commence !

3TMB0143Lorsque je me présente dans l’aire de départ, l’aurore pointe le bout de son nez au dessus des sommets du Beaufortain et des Aravis. A quelques minutes de s’élancer pour cette 4e édition du Tour du Mont Blanc, l’atmosphère est étrangement sereine, comme si, inconsciemment, chacun avait fait abstraction du copieux programme du jour.

5h30, cette fois c’est parti ! Un long ruban lumineux serpente dans la descente du col des Saisies pour rejoindre le Val d’Arly et prendre ensuite la direction de Megève puis de Saint Gervais. Je trouve rapidement ma place au sein d’un bon groupe qui va seulement commencer à se désagréger sur les pentes de la côte de Vaudagne dont le revêtement est particulièrement usant. Au sommet, arrêt express : j’avais en effet prévu de laisser à ce premier point de ravitaillement la tenue prise pour effectuer la descendante des Saisies. Ce changement effectué, je reprends la route en direction de Chamonix et je reviens sur un groupe de 5 concurrents en compagnie desquels je vais franchir les cols des Montets et de la Forclaz, simples formalités au vu les prochaines « réjouissances » !

Le pied du col de la Forclaz marque notre entrée en territoire Suisse et passé ce col, on plonge alors à vitesse grand V sur Martigny au milieu des vignobles accrochés aux coteaux valaisans inondés de soleil. Cette descente est une pure merveille pour les yeux mais à près de 80 km/h elle oblige aussi à une certaine concentration… 

Vient ensuite le col de Champex, une des premières grosses difficultés du jour. Cette montée longue de 11 kilomètres à 8,7% de pente moyenne présente les portions les plus rudes dans sa première partie où s’enchaînent des virages particulièrement prononcés. La fin est beaucoup plus facile et permet de savourer tout le charme du vallon de Champex et son lac qui donne à cette petite station du Valais un faux-air canadien. Je prends le temps de savourer en roue libre cette parenthèse enchanteresse avant de plonger sur Orcières qui marque le début de l’ascension du col du Grand Saint Bernard.

J’évolue désormais seul, une situation qui finalement me convient bien car elle me permet de gérer ma progression comme je l’entends.

Cette ascension du Grand Saint Bernard se décompose en 3 secteurs. Le premier s’effectue dans un vallon très large jusqu’à l’entrée d’un long paravalanche que l’on quitte pour affronter le 3e secteur, de loin le plus corsé… Sur les 2 premiers secteurs, la pente n’est pas très forte, elle a même tendance à s’adoucir dans le long paravalanche où raisonne toute l’intensité du très important trafic routier entre le Valais et le Val d’Aoste.

Dès le pied du col, la chaleur se fait nettement ressentir. Il ne faut alors pas oublier à s’alimenter régulièrement pour éviter toute mauvaise surprise tant la route est encore longue : 130 kilomètres ont en effet été parcourus et il en reste encore 200 !

A la sortie de la portion sous le paravalanche où l’on a pu bénéficier d’une certaine fraîcheur, changement de décor. On évolue désormais dans un paysage très minéral où subsistent encore de nombreux névés donnant naissance à d’innombrables petits ruisseaux. Depuis Orcières, près de 20 kilomètres d’ascension ont été effectués ; 6 sont encore nécessaires pour atteindre le sommet du col du Grand Saint Bernard à 2469 mètres. La pente ne tombera plus en dessous 8%, le coup de pédale devient alors plus heurté et le souffle plus court. Au fur et à mesure que l’on se rapproche du sommet les pourcentages sont de plus en plus sévères pour atteindre 10% dans le dernier kilomètre.

Le Grand Saint Bernard marque le passage entre la Suisse et l’Italie. C’est aussi le point culminant de ce Tour du Mont Blanc et malgré l’altitude, la température est très agréable. Je profite du point de ravitaillement pour refaire le plein et me voilà reparti en direction de la vallée d’Aoste. 

Immédiatement, je me laisse griser par la vitesse et je prends un réel plaisir dans l’enchaînement des virages. Au bout de quelques kilomètres, me voici revenu sur 5 concurrents avec qui je poursuis ma folle descente sur Aoste. Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la vallée, la température s’élève pour dépasser les 30° c et c’est sous un soleil de plomb que nous allons effectuer la longue transition entre Aoste et Pré Saint Didier qui marque le début de l’ascension du col du Petit Saint Bernard. Le cap de la mi-parcours est désormais franchi ; nous avons déjà plus de 7 heures de selle dans les jambes. Il en reste encore autant…

Notre petit groupe, notamment emmené par 2 solides gaillards hollandais, progresse sans musarder jusqu’à Pré Saint Didier. Là, alors que mes compagnons de route optent pour une pause ravitaillement, je poursuis mon chemin et m’engage seul sur les premières pentes du Petit Saint Bernard. Les 23 kilomètres de cette ascension sont un vrai plaisir. Les jambes tournent parfaitement bien, l’allure est régulière et aucun signe de fatigue ne se fait encore ressentir. J’en profite pour savourer le paysage tout en rattrapant 3 nouveaux concurrents au cours de la montée. Je franchis le sommet de ce col dans une certaine euphorie et en basculant sur Bourg Saint Maurice, je commence à entrevoir le bout de l’aventure avec sérénité même si le Cormet de Roselend et la remontée sur les Saisies restent encore à franchir.

Il est un peu plus de 16 heures lorsque j’entre dans Bourg Saint Maurice. L’atmosphère est très lourde et le vent s’est levé. Au pied du Cormet de Roselend je retrouve une connaissance, Laurent Grisel, avec qui j’ai déjà effectué un bout de parcours lors de l’Ardéchoise Vélo Marathon et qui a également participé au Défi des Fondus de l’Ubaye fin juin en guise de préparation à ce Tour du Mont Blanc.

Dès les premiers hectomètres, je préfère le laisser partir plutôt que d’essayer de suivre son rythme légèrement plus élevé que le mien. Rapidement, je constate que contrairement à l’ascension précédente, les sensations ne sont plus les mêmes. Sans être dans le « dur », j’ai l’impression de commencer à piocher un peu… Heureusement, après 10 kilomètres d’ascension, cet avant dernier col offre un moment de répit. Et même si le vent vient jouer les troubles fête, c’est toujours appréciable avant d’attaquer la second moitié de l’ascension où l’on évolue au milieu des alpages dans un magnifique décor de carte postale où, au grès des virages, on aperçoit tantôt les aiguilles du Grand Fond tantôt les Grandes Aiguilles.

Plus le sommet du Cormet de Roselend se rapproche et plus un vent particulièrement frais se fait ressentir. Si les premiers kilomètres de la descente au dessus de la retenue du barrage de Roselend sont encore ensoleillés, le versant opposé n’inspire rien de bon. Le ciel est en effet particulièrement noir et une sorte de nuée blanche descend progressivement des sommets. Échapper à l’orage est quasiment impossible à imaginer… 

Effectivement, tout juste arrivé au niveau de la chapelle de Roselend, les premières goûtes font leur apparition, bientôt suivi par de petits gelons. Arrêt express pour enfiler un imperméable et me voilà reparti sous un joli déluge !

La pluie redouble de violence dans la descente sur Beaufort ralentissant ma progression. Comble de malchance, l’averse se déverse seulement sur le versant où je me trouve si bien que suis littéralement ébloui par les rayons du soleil qui descend petit à petit derrière les sommets opposés. Sur le bas de cette descente véritablement infernale, la pluie, au contact d’une chaussée surchauffée, provoque la formation de bancs de brouillard, qui, mêlés aux rayons rasant du soleil, réduisent ma visibilité à quelques mètres… Je suis quasiment à l’arrêt et c’est avec un grand soulagement que j’aperçois soudain à droite la route de Hauteluce. En quelques centaines de mètres, je me retrouve alors sur une chaussée parfaitement sèche ! J’en profite pour quitter mon imperméable et me voilà reparti pour les tous derniers kilomètres de cette folle aventure qu’est le Tour du Mont Blanc.

Il m’est bien difficile de décrire ce que j’éprouve à ce moment là. De multiples images défilent devant mes yeux, je pense à tous ceux qui me sont chers et plus particulièrement à ma femme et à ma fille qui m’attendent là haut aux Saisies. Autant j’étais littéralement survolté à la fin du Défi des Fondus de l’Ubaye, autant là, j’ai comme le sentiment d’être passé en mode « pilote automatique ». A la sortie du village de Hauteluce des enfants agitent de grosses cloches pour m’encourager et m’indiquent qu’il me reste encore 7 kilomètres. C’est à la fois long et si court au vu de ceux que j’ai déjà parcourus…

Je progresse à nouveau sur une route mouillée mais il ne pleut pas. Je me sens bien comme porté par une force intérieure que je ne saurai décrire. Les bornes kilométriques défilent, la délivrance approche. Plus que de 2 kilomètres ; j’aperçois la station des Saisies. Je vais finalement boucler ce Tour du Mont Blanc après 14h37 d’effort, 330 kilomètres et 8 000 de dénivelé. J’ai conscience que cette « victoire » est purement gratuite et sans doute très égoïste mais qu’est que ça fait du bien !

Profil Tour du Mont Blanc

Petit, j’aimais entendre mon oncle parler de ses randonnées cyclo-montagnardes puis je prenais des cartes routières sur lesquelles je traçais des parcours imaginaires. Aujourd’hui, quelques unes de ces routes imaginaires sont bien réelles et je les ai vaincues. Tant d’autres restent encore à conquérir…

A consulter :
– le récit de Laurent Grisel : http://laulau5489.blogspot.fr/2013/07/le-tour-du-mont-blanc-21-juillet-2013.html
– Site de l’épreuve : http://www.sportcommunication.info/letourdumontblanc/index2.php

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