A lonesome cyclo sur l’Ardèchoise

Depuis 1992, Saint Félicien, petit village niché au coeur de l’Ardèche se pare de couleurs jaune et violette et devient, quelques jours durant, la capitale du vélo. Des cyclos venus de toute la France et même des 4 coins du monde y affluent dans une ambiance festive. Car l’Ardèchoise a bâti son succès sur un savant mélange des genres : du cyclotouriste contemplatif au cyclosportif avide de performance, chacun y trouve son compte et ce petit monde cohabite dans une ambiance chaleureuse. Tous bénéficient en outre de l’accueil sans pareil des ardèchois qui se mettent au service des amoureux de la petite reine, 4 jours durant.

PENTAX Image

En ce samedi 21 juin 2014, me voilà pour ma part à nouveau engagé sur l’Ardèchoise Vélo Marathon et ses 278 km et quelques 5300 m de dénivelé positive. Contrairement à l’an dernier, Bordeaux Paris oblige, j’ai accumulé beaucoup moins de dénivelé au cours de ma « préparation » mais je compte sur ma nouvelle monture, l’Axxome 250 de Origines-cycle pour compenser ce petit déficit !

Il est 7h30 lorsque nous nous élançons, quelques minutes après le départ du doyen de l’épreuve, le désormais célèbre recordman de l’heure des plus de 100 ans, Robert Marchand. Malgré le programme du jour, je me sens totalement serein même si j’appréhende comme chaque année le premier col, abordé à froid, car j’ai toujours du mal à « mettre en route ». Cette fois, ça se passe finalement pas trop mal. Je trouve rapidement ma place au sein d’un groupe qui progresse à bonne allure et nous finirons même par recoller au groupe de tête peu après Le Cheylard.

Jusqu’au pied du col de Mézilhac, le rythme n’est pas très élevé et j’avoue que cela ma convient parfaitement vu la suite des réjouissances ! Bien entendu, cette 3e difficulté va opérer une première sélection. Je laisse les « cadors » s’envoler et commence alors pour moi un long raid solitaire de près de 200 km…

Quand on sait que 8 000 cyclos se sont élancés de Saint Félicien, cette solitude est assez paradoxale. A maintes reprises je vais me retourner pour espérer voir revenir un peu de soutien de l’arrière. En vain. Finalement, qu’importe, en habitué des longs raids solitaires, je m’attache à rester bien concentré sur mon sujet et j’adopte un rythme régulier. Je franchis le col de la Baricaude et ses 14 kilomètres d’ascension en ayant de bonnes sensations. Les jambes tournent bien. Tout au long de ces 14 kilomètres je ne serai rattrapé que par un seul et unique concurrent. Mais où sont passés les autres ?

Passé le Gerbier des Joncs, le sentiment de solitude se fait encore plus fort. Aucun cyclo à l’horizon, ni à l’avant, ni à l’arrière… Fort heureusement, le vent n’est pas aussi défavorable que je ne le craignais et je rejoins Les Estables sans n’avoir du trop m’employer.

A partir de là et jusqu’à Saint Clément, je vais évoluer dans le magnifique décor des Sucs si caractéristiques du paysage de la montagne ardéchoise.  

C’est véritablement grandiose et ce d’autant plus que le ciel est un d’un bleu azur. Un parfait décor de carte postale.

Que la montagne ardèchoise est belle !

Que la montagne ardèchoise est belle !

Cirque des Boutières

Cirque des Boutières

Mont Mézenc

Mont Mézenc

Je poursuis mon périple solitaire toujours sur un rythme régulier mais moins soutenu que l’an dernier où j’avais effectué la « traversée des sucs » en compagnie de 3 compagnons de route. Cette traversée prend fin à Saint Clément où l’on plonge vers Chanéac par une route sinueuse dominée par une coulée basaltique. Au fur et à mesure que l’on perd de l’altitude la température s’élève, le goudron devient fondant et l’air se fait de plus en plus étouffant.

Descente le long de la coulée basaltique de St Clément

Descente le long de la coulée basaltique de St Clément

On retrouve un semblant de fraîcheur au pied du col de l’Ardèchoise où la route s’élève en lacets dans la pénombre d’une forêt de hêtres. Les derniers kilomètres sont en revanche à découvert et le franchissement de cette nouvelle difficulté nous offre une magnifique vue sur le village de Borée blotti au pied du Mont Mézenc.

Borée

Borée

Passé Borée, on tourne définitivement le dos  (et à regret) à la montagne ardéchoise pour regagner la vallée de l’Eyrieux à Saint Martin de Valamas.  La chaleur est désormais bien installée et gare à la défaillance si l’on oublie de s’hydrater régulièrement. Tout au long de la longue remontée vers Saint Agrêve je retrouve enfin quelques cyclos qui, pour l’essentiel, effectuent l’Ardèchoise en plusieurs jours. La fatigue cumulée à la chaleur a raison de certains qui tentent de reprendre un peu leurs esprits à l’ombre des arbres. De mon côté, tel un métronome, je poursuis mon chemin sans soucis particulier.

Passé Saint Agrève, la « délivrance » n’est plus très loin. Encore 2 difficultés pour se hisser jusqu’à La Louvesc et le temps sera enfin venu de basculer sur Saint Félicien.

Dans la montée de Rochepaule comme dans celle de La Louvesc, je dépasse de nombreux cyclos. Si j’ai moins l’impression d’être seul au monde que lors de la traversée des Sucs, je roule néanmoins toujours tel un cyclo solitaire. J’avale ces 2 dernières difficultés sans connaître ni signes de fatigue ni lassitude. Les jambes tournent toujours aussi bien et les relances demeurent efficaces. Avoir de telles sensations après autant de kilomètres est un véritable plaisir que l’on voudrait pouvoir prolonger autant que possible ! Le retour sur Saint Félicien ne sera qu’une pure formalité. J’achève cette Ardèchoise vélo marathon avec une énorme satisfaction même si j’ai bouclé le parcours avec près de 30 minutes de plus que l’an dernier. Les 10h39 que j’ai passé sur le vélo ont été un véritable bonheur. Place maintenant à la récupération avant d’aller défier les cols de l’Ubaye la semaine prochaine…

6 réflexions au sujet de « A lonesome cyclo sur l’Ardèchoise »

  1. Superbe récit et belles photos qui mettent en valeur le circuit des Sucs. bravo pour cette AVM effectuée avec une joyeuse aisance, et contente d’avoir fait ta connaissance à cette occasion !
    C’est marrant car en remontant à St Agrève, pourtant à la même heure que l’an dernier, j’ai trouvé que c’était désert !!! Je me suis demandé si plus de gens avaient choisi des circuits courts … j’ai hâte de voir les stats complètes

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  2. superbe ton AVM, avec le nouveau vélo ?!
    pour Brigitte : non seulement pas que des gens qui font des circuits plus courts le samedi mais aussi des participants qui font des circuits plus courts en 3 ou 4 jours et s’ils ne font pas la boucle des Sucs ils passent plus tôt ailleurs.
    Les premières années des parcours longs en 3 et 4 jours on voyait plus de monde sur la partie des Sucs et donc au col baptisé de l’Ardéchoise, en faisant les longs parcours on ne trouvait pas toujours à manger à St Martial car la masse était passée avant nous.
    j’adore la photo de Borée et le Mézenc, j’en ai sous un autre angle

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Répondre à Laurent Bruynooghe (Lolo Haribo) Annuler la réponse.

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